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Stop aux idées reçues n° 6

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NON. Rassurez-vous : les irrigants économisent l’eau… et peu importe les années (pluvieuses ou sèches).

L’irrigation ne se fait pas « au pifomètre ». Les besoins des plantes en irrigation sont calculables et le matériel d’irrigation est de plus en plus précis.

Nous travaillons dans un contexte de quota d’eau inférieur aux besoins et il y a toujours un risque de prises d’arrêté sécheresse. Les irrigants doivent donc chercher à optimiser l’utilisation de l’eau dès le début de la campagne.

Sachez aussi que les besoins des plantes vont augmenter. Et que sans augmentation de l’irrigation, la production agricole va baisser et la demande de produits alimentaires va se reporter sur le marché mondial, justifiant ainsi le besoin de déforestation ! 

 

Un cadre réglementaire « réducteur » des prélèvements

En Champagne crayeuse, l’irrigation s’est développée dans les années 2000 à 2010. A cette époque, il y avait déjà une pression pour réduire les prélèvements agricoles. Le souhait était de réduire la production agricole et il y avait déjà tout un mouvement favorable à l’environnement. Des objectifs de débit d’étiage ont été fixés. Avec le changement climatique, les cours d’eau ont baissé et continuent de le faire. Ces objectifs n’ont pas été revus. La carte « toute rouge » des prises d’arrêté sécheresse en France est un indicateur de l’augmentation de la température, et donc du changement climatique. De même, la pression contre l’irrigation s’intensifie puisque l’on a conservé des objectifs correspondant à un autre climat, plus froid. Est-ce raisonnable de maintenir des objectifs impossibles à atteindre ?...

 

L’irrigation dans l’Aube a été restreinte dès le départ :

  • Pas d’irrigation sur les cultures d’hiver. Ce qui est dommage puisquecela permettrait de réduire la pollution azotée de l’eau (les nitrates) et de l’air (l’ammoniaque). Ce sont les situations sèches qui font que les cultures, notamment les céréales, ne parviennent pas à absorber les engrais azotés.
  • Peu d’irrigation sur les grandes cultures : un volume juste suffisant en année sèche, souvent à la demande des filières (betteraves, chanvre, œillette pour la production pharmaceutique) car on s’est rendu compte que c’est très impactant de devoir arrêter une usine par manque de production alors qu’il suffisait d’un peu d’irrigation pour « sécuriser » la filière.
  • Pour les légumes, le quota accordé à l’époque, et qui n’a pas changé, correspondait à un volume suffisant 8 années sur 10. Les filières demandent une qualité nécessitant de l’irrigation. Sans ce niveau de qualité, la production ne sera pas achetée. Et comme les légumes demandent un gros investissement financier sur la parcelle, ne pas pouvoir vendre occasionne un impact économique qui n’est pas acceptable pour une entreprise agricole.

 

Au fil d’un temps, d’autres contraintes se sont ajoutées :

  • Un volume prélevable maximal pour chaque point de prélèvement.
  • Le calcul d’un volume maximal pour l’irrigation par bassin versant afin de ne pas impacter les milieux aquatiques.
  • Des réductions sur certains bassins versants.

 

La pression continue pour réduire l’irrigation :

  • le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC) de la France vise un objectif de réduction des prélèvements d’eau de 10% en 5 ans et de 25% en 15 ans.
  • Un des objectifs du Schéma Régional d’Aménagement de Développement Durable et d’Egalité des Territoires (SRADDET) du Grand Est est de réduire de 20% les prélèvements d’eau d’ici 2030.

 

Ces objectifs sont repris actuellement dans toutes les études qui visent à déterminer un volume prélevable pour l’irrigation. L’objectif de ces études n’est donc pas de chiffrer le volume prélevable sans atteinte au milieu, mais de réduire les prélèvements.

 

Quant aux retenues d’eau : d’un côté, il y a une volonté affichée du gouvernement de permettre aux agriculteurs de stocker l’eau en hiver afin de s’adapter au changement climatique. De l’autre, il y a l’arrivée de nouvelles mesures qui vont probablement l’empêcher. Cf. le projet de SDAGE Seine-Normandie actuellement en consultation publique.

 

Une irrigation économe en eau

Nous sommes dans un pays industrialisé avec une préoccupation environnementale forte depuis une trentaine d’années :

  • Le matériel et le conseil en irrigation ont donc déjà évolué vers une meilleure valorisation de la ressource en eau, mais également vers des économies d’eau. D’après ARVALIS, l’ensemble combiné des actions a permis un gain de productivité de l’eau de 30% en 20 ans. Les gains encore possibles sont marginaux.
  • Les questions qui reviennent tous les ans ont déjà posées dans les années 2000 :
    • Non, il y a très peu d’évaporation avec les arrosages par les enrouleurs le jour en plein été, mais il y en a dans le cas de l’arrosage des jardins.
    • Non, le goutte-à-goutte n’est pas la bonne solution pour les cultures de plein champ. On l’a déjà testé.
    • Etc.
  • L’irrigation coûte cher et demande de la technicité car l’irrigant doit jongler avec des cultures dont les besoins vont varier dans le temps et un quota d’eau insuffisant. Ce qui semble du gaspillage est souvent une méconnaissance de la situation :
    • Inondation d’une parcelle irriguée -> Fuite dans le réseau.
    • Arrosage d’un blé -> Arrosage d’une culture qui a été semé dans le blé.
    • Arrosage d’une terre nue -> Semis en place qui manque d’eau pour lever ou culture en terre à récolter mais la terre est trop dure (risque d’altération de la récolte). Possible aussi : réglage de l’enrouleur avant de démarrer la campagne.
    • ….

 

Dans notre pays, l’irrigation des grandes cultures vise juste à compléter les précipitations. Ce n’est pas le cas dans les pays plus chauds ou dans les serres, où les besoins en eau sont couverts uniquement par l’irrigation. Déplacer notre production vers d’autres pays plus chauds, c’est augmenter le volume d’eau consommé. Dans notre pays, les irrigants disposent d’un volume d’eau restreint. Dans d’autres pays, ce n’est pas le cas.

 

Les besoins en irrigation sont calculés à l’aide de différents Outils d’Aide à la Décision (OAD) : bilan hydrique ou sondes tensiométriques ou capacitives. Il est tenu compte des besoins de la culture, qui varient selon le stade et la demande climatique, de la capacité de stockage du sol et des précipitations.

 

Economiser, c’est réserver notre « eau précieuse » aux périodes où elle est indispensable. Comme les quotas d’eau peuvent être insuffisants, les irrigants réduisent l’irrigation dès le début de la campagne. Ce qui a un impact sur le rendement. L’eau est réservée aux périodes critiques, où un manque d’eau est très préjudiciable pour la culture. Hélas, c’est souvent au mois de juillet et les irrigants, qui ont de bonnes pratiques d’irrigation, sont pointés du doigt. Double peine : pour optimiser l’irrigation, il est préférable de passer plus souvent avec une dose d’irrigation inférieure. Même remarque que précédemment : les bonnes pratiques sont mal perçues.

 

En économisant l’eau, les irrigants se retrouvent en fin de campagne avec un quota d’eau attribué mais non consommé : la consommation moyenne sur le département est de 64% du volume attribué. L’eau est une sécurité pour obtenir une production commercialisable. Les irrigants ont besoin de cette sécurité (pouvoir compter sur un volume d’eau) pour investir dans une production coûteuse et à risque. Sinon : ils ne se s’engagent pas. Ils arrêtent d’approvisionner une filière. Et celle-ci va s’installer dans un autre pays.

 

Différents systèmes d’irrigation

Parmi les différents systèmes d’irrigation qui existent, celui qui consomme le plus d’eau est l’irrigation gravitaire : il représente 86% des surfaces irriguées dans le monde et a quasiment disparu en France (que 4% qui correspond aux rizières dans le sud).

 

Le système d’irrigation le plus utilisé sur le département est l’enrouleur : adapté aux petites parcelles et déplaçable d’une parcelle à l’autre. Les rampes sont plus économiques pour l’irrigant, mais nécessitent des parcelles plus grandes.

 

Les enrouleurs sont des machines permettant d’apporter précisément l’eau d’irrigation (contrôle de la dose apportée, réglage de l’avancement du chariot et de la largeur d’irrigation). Le défaut de ce système est sa sensibilité au vent. Les irrigants vont parfois « anticiper » un tour d’eau afin d’apporter l’eau d’irrigation en bonnes conditions (sans vent). Cela arrive lorsque de « faibles pluies » sont annoncées : il n’y aura pas de pertes car le total « irrigation + pluies » sera retenu dans la réserve du sol. Il y a un suivi du réservoir sol et les irrigants consultent les prévisions météorologiques régulièrement.

 

Le goutte-à-goutte est présenté comme le plus économe, mais il faut ajouter « en eau d’irrigation ». Il induit un développement préférentiel des racines à l’arrivée du goutteur. Le système racinaire est donc moins apte à récupérer l’eau de pluie et les éléments nutritifs du sol. Il est très bien adapté à certains systèmes, comme sous serre avec fertirrigation, mais inadapté aux cultures légumières de plein champ sous notre climat. Il a également le gros avantage de passer inaperçu. Pas visible = pas de plainte.

 

Des besoins en eau qui augmentent

Avec le changement climatique, les besoins en eau des cultures ont augmenté et continuent d’augmenter, mais les quotas n’ont pas été revus. D’après les simulations réalisées à l’aide de Clima-XXI sur le cycle cultural de la pomme de terre de consommation dans l’Aube, le quota attribué ne couvrirait plus actuellement les besoins qu’une année sur deux, au lieu de 8 années sur 10 comme lorsqu’ils ont été fixés. Cela traduit l’évolution des besoins. L’évapotranspiration a augmenté de 22% sur le département au cours de ces 50 dernières années (cf. Oracle Aube).

 

Nous nous retrouvons donc de plus en plus souvent avec un quota d’eau insuffisant à la parcelle. Ce qui oblige à réduire le rendement (ce qui constitue un gaspillage de terres agricoles puisque le rendement aurait pu être plus élevé juste avec un supplément d’apport d’eau). Dans les situations où le quota attribué est trop faible, c’est l’avenir de la culture sur notre territoire, et la filière qui s’est installée, qui peuvent être remis en question.

 

Ne pas augmenter l’irrigation aurait pour conséquence de réduire la production agricole française. Il y aurait donc une perte économique, une désertification des territoires, un risque sur la sécurité alimentaire et une pression sur le marché mondial. Ce qui permettrait de justifier la déforestation dans d’autres régions du monde.